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Un article de Jean-Michel, publié par gardenbreizh.org - 08/03/2005
 

La famille des Restionaceae



Par Jean-Michel Moullec
vice-président du Jardin Exotique de Roscoff (GRAPES)
Webmestre du site Breizcrassulaceae


Nous utiliserons le terme « restio » pour désigner n’importe quel membre de cette famille.

Description


Les restios sont des plantes pérennes, persistantes ressemblant aux herbes et aux joncs. Ils se distinguent des herbes par une tige plus solide, des feuilles sans limbe avec seulement une gaine foliaire se divisant à la base (la gaine foliaire pouvant être persistante ou caduque) et des joncs par leur inflorescence au sommet de la tige.
Ce sont des plantes érigées de 10 cm à 3-4 m de haut, de couleur verte. Les feuilles sont réduites à une gaine foliaire. La photosynthèse s’effectue par les tiges.
Les restios sont dioïques c’est à dire que les fleurs mâles et femelles se trouvent sur des plantes différentes. Les inflorescences peuvent être de forme différente suivant le sexe pour certaines espèces et identiques pour d’autres. Les pétales et des sépales sont de couleur marron. Les fleurs sont très petites et contenues dans un épillet. Les tiges et les gaines foliaires sont identiques sur les plantes mâles et femelles.
Tous les restios sont pollinisés par le vent. Les fleurs mâles doivent produire une grande quantité de pollen pour pouvoir polliniser les fleurs femelles. Les fleurs femelles sont organisées pour piéger le pollen.
Dans beaucoup de genres, chaque graine est contenue dans une locule à l’intérieur d’une capsule qui s’ouvre quand elle est mûre. Le nombre de graines est constant dans la même espèce et on peut trouver 1 à 3 graines par capsule suivant les espèces. Chez d’autres espèces, il n’y a qu’une seule graine par fleur et la graine est une petite noisette. Chez le genre Thamnochortus, les sépales latérales portent un aileron ce qui permet à la graine d’être dispersée par le vent. Chez les genres Cannomois ou Hypodiscus, les noisettes sont dispersées par les fourmis qui mangent l’élaiosome. Ensuite la noisette est rejetée mais elle a gardé son pouvoir germinatif.

Distribution géographique et écologie


Elegia capensis dans le jardin exotique de RoscoffOn trouve cette famille en Afrique avec près de 330 espèces, en Australie 150 espèces, 4 espèces en Nouvelle-Zélande, une seule espèce au Chili et une autre en Asie du Sud-Est.
En Afrique, la majorité des espèces poussent dans le fynbos où elles forment un des éléments importants de la flore du Cap. Dans le reste de l’Afrique du Sud, 4 espèces poussent dans le Drakensberg, une d’entre elles pouvant aussi être trouvée dans la Province du Nord et au Mpumalanga. Dans le reste de l’Afrique, on ne trouve que 3 espèces.
Le fynbos est une végétation de type méditerranéenne comme la garrigue ou le maquis dominée par trois familles de plantes, les Restionaceae, les Ericaceae et les Proteaceae, peu d’herbes et d’annuelles et beaucoup de géophytes comme les Liliaceae, les Iridaceae et les Orchidaceae sans oublier les succulentes comme les Crassula, les Aloe, les Adromischus, etc. dans les zones les plus sèches. La plus grande richesse en espèces de restios de cette région se situe dans les montagnes du Kogelberg où on trouve un tiers de toutes les espèces de Restionaceae.
On peut trouver des restios dans presque tous les habitats du fynbos, dans les plaines sableuses, au bord des rivières, au sommet des montagnes, dans des lieux secs ou des lieux humides. On n’en trouve pas dans les habitats forestiers ni aquatiques. La plupart de ces plantes poussent en touffes avec rhizomes comme Elegia racemosa ou en buisson de tiges emmêlées sans rhizome ou en grande plante comme Elegia capensis. Une partie des restios poussant dans le fynbos est détruite par les incendies tandis que d’autres survivent aux feux grâce à leurs puissants rhizomes. Les espèces détruites par le feu produisent plus de graines que les autres.

Les différents genres


La famille des Restionaceae comprend à peu près 490 espèces réparties dans 56 genres dont voici la liste : Alexgeorgia, Anarthria, Anthochortus, Apodasmia, Askidiosperma, Baloskion, Busseuillia, Calopsis, Calorophus, Cannomois, Catacolea, Ceratocaryum, Chaetanthus, Chondropetalum, Chordifex, Coleocarya, Dapsilanthus, Desmocladus, Dielsia, Dovea, Ecdeiocolea, Elegia, Empodisma, Eurychorda, Guringalia, Harperia, Hopkinsia, Hydrophilus, Hypodiscus, Hypolaena, Ischyrolepis, Kulinia, Lamprocaulos, Lepidobolus, Leptocarpus, Lepyrodia, Loxocarya, Lyginia, Mastersiella, Meeboldina, Melanostachya, Nevillea, Onychosepalum, Platycaulos, Platychorda, Restio, Rhodocoma, Sporadanthus, Staberoha, Stenotalis, Taraxis, Thamnochortus, Tremulina, Tyrbastes, Willdenowia, Winifredia.

Germination


Dans la nature, les graines germent directement après le début des pluies hivernales. Les plantules ont une courte période de quatre mois pour s’établir avant le début de l’été pendant lequel elles vont devoir survivre à la sécheresse.
Il n’y a pas d’indication sur la durée de vie de tous les restios mais c’est semble-t-il très variable : Restio festuciformis vit deux ans, Chondropetalum tectorum dix ans et Thamnochortus insignis trente ans !

Multiplication


jeunes semis d'Elegia capensisLa multiplication est difficile. Le semis est aléatoire. Pour améliorer la levée, il est nécessaire d’enfumer les graines pour imiter les conditions des incendies du fynbos ; on peut aussi tremper les graines dans une solution aqueuse avec des extraits de fumées.
La période du semis est l’automne dans l’hémisphère Sud mais chez nous à cette période les températures descendent très vite alors qu’il faut des conditions de températures optimales entre le jour et la nuit : 8-10°C la nuit (16h), 28°C la journée (8h).
Si on n’a pas de plantules, on peut éventuellement diviser les touffes au début de l’hiver mais les plantes issues de cette division semblent moins solides et il n’est pas possible de diviser certaines espèces trop vigoureuses comme Cannomois virgata.

Plantation


Les restios demandent un sol bien drainé et acide et le plein soleil,. La meilleure période de plantation est le début de la saison des pluies, chez nous l’automne ou le début du printemps. Il faut arroser les jeunes plants pendant trois mois en cas de manque de pluie. Ne pas déranger les racines sans nécessité. Une fois établie, la plante demande peu d’entretien, juste tailler les tiges mortes. Il n’est pas nécessaire de lui donner de l’engrais.
Les restios ne sont pas très rustiques. Un jeune Elegia capensis a survécu à –10°C (les parties aériennes ont gelées) à Rennes pendant l’hiver 2002-2003, au printemps de nouvelles pousses sont apparues mais il est ensuite mort de la sécheresse de l’été 2003 : il aurait fallu l’arroser pendant trois mois et pendant la période de la sécheresse car il n’avait pas eu le temps de faire des racines profondes. Cannomois virgata et Restio quadratus seraient résistants jusqu’à –4°C. Ils sont donc à réserver pour les jardins du littoral. Un essai est en cours à Rennes pour un jeune plant de Cannomois virgata : il résiste sans problème à –4°C mais les parties aériennes sont très abîmées à –7°C. Il s’agit d’une plante mise en terre à l’automne 2004. On peut espérer qu’il va repartir de son rhizome une fois les froids terminés. Les auteurs de « Grow Restios », publié par le National Botanical Institute de Kirstenbosch en Afrique du Sud, signalent que Chondropetalum tectorum et Thamnochortus insignis sont résistants au froid mais il n’y a pas eu d’essai pour l’instant en Bretagne.

Les restios et le Jardin Exotique de Roscoff


En 2003, le Jardin Exotique de Roscoff a obtenu la Collection Agréée CCVS pour sa collection de plantes de la famille des Restionaceae.
Le premier restio à avoir été planté à Roscoff est Elegia capensis provenant de graines ramenées d’Afrique du Sud en 1988 par Daniel Person, le président du jardin Exotique. Depuis la collection du Jardin s’est étendue à 33 espèces toutes originaires d’Afrique du Sud. En 2003 et 2004, nous avons commencé un programme de semis pour augmenter notre collection mais aussi permettre au public de se procurer des restios.
Nous commençons à récolter des graines de notre propre restios : c’est le cas pour Elegia capensis, Cannomois virgata et Restio quadratus.
Les résultats des semis sont variables : sur 17 espèces semées avec enfumage, 12 ont levé, 4 n’ont rien donné. 3 non enfumées n’ont pas non plus levé. Cannomois virgata a levé pauvrement enfumé ou non. Je m’attendais à ce résultat pour cette espèce puisque c’était signalé dans les articles des botanistes sud-africains. Nous avons quand même réussi à faire lever du C. virgata en le ressemant. Il faut donc être patient, ne pas jeter les pots non germés car il y a une dormance, ne pas hésiter à reprendre les graines ou à les remuer pour les ressemer (surtout pour les noisettes) si elles n’ont pas germées au printemps pour un semis d’automne.
En plus des 33 espèces plantées, nous possédons maintenant plus de vingt autres espèces qui attendent soit le rempotage soit déjà la plantation pour les graines semées en 2003.
Voici en abrégé, les espèces que vous pourrez voir en visitant le Jardin Exotique :
La plus imposante de toute est Cannomois virgata qui forme un énorme buisson de 3 à 4 m de haut. Elle est implantée à trois endroits différents. On distingue facilement les inflorescences mâles des inflorescences femelles. Les tiges sont très épaisses et ressemblent à des tiges de bambous. Ce restio pousse sur des pentes montagnardes humides, du niveau de la mer jusqu’à 1800 m. On le trouve dans la région du Cap de Nieuwoudtville jusqu’à Uitenhage.
Elegia capensis forme un joli buisson pouvant atteindre 3 m de haut s’il est planté en zone humide mais bien draînée. Les tiges latérales sont groupées en verticilles aux nœuds tout au long de la tige. L’inflorescence apparaît en haut de la tige et il n’est pas possible de distinguer les inflorescences mâles des inflorescences femelles. Elle pousse souvent en zones marécageuses ou en zones sableuses humides de la côte jusqu’à l’intérieur. Elle peut résister jusqu’à –10°C pour de courtes durées mais dans ce cas la partie aérienne gèle et elle repart du pied au printemps si on a pris la précaution de le pailler.
Nous cultivons aussi sept autres espèces du genre Elegia. Ce sont des buissons beaucoup plus petits avec des gaines foliaires de feuilles caduques. Beaucoup, comme Elegia cuspidata, proviennent d’habitats identiques à ceux d’E. capensis. Pratiquement toutes nos espèces sont adultes et fleurissent.
Restio quadratus n’existe qu’en un buisson chez nous. C’est une plante sympathique dont les tiges, de forme quadrangulaire (d’où son nom), s’arquent au-dessus de notre petit bassin. Elle forme un buisson de 1,50 m à 2 m de haut qui se propage par ses rhizomes. Il n’est pas possible de distinguer les plantes mâles des plantes femelles. Elle est originaire de la Péninsule du Cap où on la trouve sur les berges humides parfois en sols granitiques de Paarl à Bredasdorp.
Nous possédons six groupes de plantes appartenant au genre Chondropetalum. Un groupe ressemble à C. mucronatum et deux autres à C. tectorum. Un dernier groupe a été semé avec l’étiquette C. sp. novae et se rapproche aussi de C. tectorum.
Le genre Thamnochortus est représenté par au moins quatre espèces, T. bachmannii, T. cinereus, T. insignis et T. lucens. La plus représentée est T. lucens puisque nous en cultivons six buissons. C’est une plante d’une hauteur de 50 cm avec des tiges sans ramification et des gaines foliaires persistantes très longues. Elle provient de pentes pierreuses sèches, du niveau de la mer jusqu’à 800 m dans les montagnes du Western Cap. L’autre groupe le plus cultivé est T. insignis, originaire de collines calcaires ou de plaines sableuses. Cette plante est assez répandue car elle est utilisée comme chaume pour le toit de maisons.
Le genre Rhodocoma est représenté par trois espèces : R. arida, R. fruticosa et R. gigantea. La plus intéressante est R. gigantea qui a fleuri en 2004 chez nous.
Certaines de nos plantes sont encore jeunes. C’est le cas de Askidiosperma paniculatum, Calopsis paniculata et de Willdenowia incurvata.

Chaque année, nous avons l’intention d’importer et de semer des graines originaires d’Afrique du Sud, d’Australie ou de Nouvelle-Zélande. En 2003, nous avons semé à l’automne : Calopsis levynsiae, C. paniculata, Cannomois congesta, C. virgata, Chondropetalum ebracteatum, C. hookerianum, Dovea macrocarpa, E. capensis, Elegia equisetacea, E. fistulosa, E. thyrsoidea, Hydrophilus rattrayii, Hypodiscus nessii, Restio brunneus, Rhodocoma capensis, Staberoha aemula, S. remota, Thamnochortus acuminatus, T. elephantinum, T. plagypteris, T. spicigerus.

Cet article est un résumé d’un article paru en 2004 dans la revue Hommes & Plantes, la revue du CCVS (Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées).

Bibliographie :


A phylogenetic classification of the genera of the African Restionaceae, H. P. Linder in Bothalia, Vol. 15 n°1 & 2, 11-76 (1984)
Australian Rushes, K. A. Meney & J. S. Pate, University of Western Australia Press, 1999
Conspectus of The African species of Restionaceae, H. P. Linder in Bothalia, Vol. 15 n°3 & 4, (1985)
Encyclopédie des Graminées Ornementales, R. Darke, Editions du Rouergue, 2003
Grow Restios, N. Brown, H. Jamieson & P. Botha, The National Botanical Institute, 1998
Regions of Floristic Endemism in Southern Africa, A. E. Van Wyck & G. Smith, Umdaus Press, 2001
Restios of the fynbos, Els Doorat Haaksma & H. Peter Linder, The Botanical Society of South Africa, 2000




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